Carnet de bord d'un Penseur-Contempourien, Aventurier-du-Présent et Héros-du-Futur qui te donne des tas de trucs et d'astuces pour dans la vie!
Voici la suite du précédent chapitre (que vous pouvez lire ici). N'hésitez pas à vous manifester si ça vous plait ou si, pour, une raison X, ça ne vous plait pas. Le début tourne beaucoup autour de la classe "Osamodas", mais ce ne sera pas forcément le cas de la suite... Il fallait bien commencer quelque part! Lorsqu’Anyou arriva sur le territoire du Clan, les cris de douleurs de Zeurg résonnaient toujours dans le lointain. Elle soupira de soulagement en apercevant le « Rocher Sacré » surmonté des statues des trois grands dragons rouges… Elle fut moins rassurée en constatant l’air mécontent qu’arboraient deux de ses pères.
" Où étiez-vous passée fille de Cheffe ? Nous nous apprêtions à partir à votre recherche. Zeurg a donné l’alerte… Il continue d’ailleurs."
Dans le lointain, les cris de Zeurg se faisaient de plus en plus stridents.
" Tiens, ça se rapproche on dirait. "
Alarmés, les membres du Clan se rassemblaient autour d’Anyou, comme sortis de nulle part. Ils étaient vêtus de peaux de bêtes et tous, sans exception, portaient un fouet enroulé à la ceinture.
Bien que l’après-midi fût guère avancé, le soleil ne pénétrait pas partout à la lisière de la forêt : seules quelques bandes de lumières striaient le sous-bois que l’ombre tapissait de mousse et d’épines de pins, renforçant les nimbes d’effroi et de mystère qui auréolaient les habitants du lieu. On les connaissait sous le nom du « Clan du Fouet d’Osamodas ».
Mais craintes et superstitions n’étaient pas des obstacles de taille à freiner une bande de paysans en colère.
" Ca commence à bien faire vindiou, filez nous la môme ou payez c’que vous d’vez ! "
Leur meneur, Farle, tenait Zeurg, les yeux en croix, au bout d’une pique. Derrière lui, toute la famille Ingalsse brandissait faux et fourches d’un air menaçant.
" Commencez par libérer Zeurg. repartit le père d’Anyou, Ce n’est pas parce qu’il aime ça que nous allons tolérer que vous le maltraitiez ! "
Les Osamodas détachèrent leurs fouets de leur ceinture.
" Hop ! Hop ! Hop ! Doucement ! Arrêtez ! Au nom du Roi Allister baissez vos armes ! "
Comme sortis de nulle part, deux gardes royaux accouraient au petit trot. L’un était aussi long que la hallebarde qu’il devait régulièrement délivrer des branches d’arbres dans lesquelles elle s’emmêlait, l’autre, petit et rond, ajustait tant bien que mal sa ceinture qui ne cessait de glisser en même temps qu’il courrait. Ils arrivèrent tout essoufflés.
" Au nom du Roi… han Allister… Je vous somme de… euh… pas vous battre… "
Personne ne leur prêta plus d’attention. D’ailleurs, au même moment, Anyou s’écriait « Allez papas, massacrez-les ! » et la famille Ingalsse et le Clan firent un pas de plus l’un vers l’autre, tandis que le tofu géant d’Anyou bondissait à l’attaque…
Le fouet claqua trois fois.
Le premier coup mit fin à l’existence du tofu qui disparut dans un tourbillon de plumes.
Le second souleva la terre entre les deux factions prêtes à en découdre : la poussière ainsi projetée s’immobilisa en l’air, comme un mur de particules, tandis que le troisième coup de fouet claqua bien au-delà de la foule, attirant son attention sur un panneau de bois où il était écrit, en toutes lettres :
« SANCTUAIRE D’OSAMODAS »
-ne pas déranger-
Le silence retomba avec la poussière. Le fouet, qui se rétractait, y glissa, comme un serpent de couleur, jusqu’aux pieds de sa propriétaire.
« Mère… » Anyou ne l’avait pas dit fort. Pourtant, l’ombre qui s’avançait avec majesté vers le groupe à moitié craintif, à moitié ébahi, lui répondit aussitôt :
" Oui ma fille. Je vois que, comme d’habitude, tu nous amènes ton lot de tracas. Comme dans toute chose, ça a du bon et ça a du mauvais. Comme dans toute chose. "
Celle qui venait de parler tenait à la main le fouet rouge et vivace qui trépignait de ne pouvoir claquer davantage. D’allure altière, elle portait sur ses épaules l’imposante fourrure du minotoror qu’elle avait occis étant jeune. Son front en arborait les cornes et, quoique son visage portât les premières marques de l’âge, sa bouche, pareille à celle d’une jeune fille, commandait avec la vigueur de son arme :
" Osamodas, pliez vos fouets. Ingalsses, pliez bagages : le tofu est mort et vous avez châtié un innocent. Le compte y est. "
Farle Ingalsse n’aimait pas qu’on touche à son grain. Néanmoins, force était de constater qu’en passant ses nerfs sur Zeurg, il avait commis une injustice. Le compte y était-il pour autant ? Un rapide coup d’œil en direction du cochon-chat volant, qui suppliait ses tortionnaires de lui en remettre un coup, l’inclinait à penser que non… Mais ayant perdu l’intime conviction qu’il était dans son bon droit, Farle fit signe aux siens de lâcher Zeurg (qui les implora de n’en rien faire) et, maugréant, repartit à leur tête en direction des champs.
C’est à ce moment là que les deux gardes royaux, qui reprenaient leur souffle, réalisèrent qu’ils demeuraient seuls face à un Clan d’Osamodas hostile, lequel n’appréciait pas que Sa Majesté Allister envisageât d’étendre les frontières d’Amakna encore plus avant.
" Déguerpissez. "
" Quittez ce Sanctuaire. "
" Nous ne sommes pour rien dans l’invasion des dragoeufs ! Vous n’avez rien à faire ici… "
De vieilles rancunes remontaient à la surface. Les gardes prirent leurs jambes à leur cou avec encore plus d’entrain qu’ils ne l’avaient fait à l’aller, tout en maudissant leur équipement trop lourd, mal adapté à la fuite : une technique de combat qui avait pourtant la préférence de leurs collègues et d’eux-mêmes. Si les choses demeuraient en l’état, pensa le plus gros, Sa Majesté Allister devrait sérieusement songer à équiper ses maigres troupes de collants et de chaussures lestes plutôt que d’encombrantes armures.
Au milieu de la foule de ses compagnons en colère, Madreselva regardait sa fille et Anyou regardait sa mère, avec des yeux remplis d’admiration. Elle ne rêvait que d’une chose : pouvoir, à son égal, dompter bêtes et hommes, devenir une vraie cheffe, la digne héritière du Clan. Madresalva quant à elle, s’émouvait de ce regard, bien qu’imperceptiblement sous son masque de sévérité. Anyou avait le caractère bien trempé, comme une reine pouvait l’espérer pour sa fille. Elle n’avait en revanche aucune maturité et ne se doutait pas une seconde de la situation du pays, ni de la querelle qu’elle venait d’alimenter.
Son autre inquiétude, plus importante, concernait les pouvoirs d’Anyou. Ils ne ressemblaient à rien de connu : un fervent adorateur d’Osamodas pouvait invoquer quantité de tofus féroces, ça n’avait rien d’extraordinaire, mais des tofus de quatre-vingt kilos, ça c’était du jamais vu.
Le fouet rouge de Madresalva claqua sur le sol. Il était semblable à l’antenne, nerveuse et puissante d’un grand dragon rouge. Les Osamodas saluèrent leur Cheffe et Anyou la suivit dans les tréfonds du Rocher Sacré.