Carnet de bord d'un Penseur-Contempourien, Aventurier-du-Présent et Héros-du-Futur qui te donne des tas de trucs et d'astuces pour dans la vie!
Voici la suite du précédent chapitre (que vous pouvez lire ici). N'hésitez pas à vous manifester si ça vous plait ou si, pour, une raison X, ça ne vous plait pas. L'histoire n'aura pas de suite, si elle ne reçoit plus de commentaires... :p
Anyou savait que Zeurg ne repartirait pas sans elle, mais elle était trop impatiente de retrouver Vanthar pour délayer encore davantage son entrée dans Bonta. Anyou franchit donc sans plus tarder la porte sud et embrassa la ville du regard.
Sa première surprise fut le contraste entre la foule qui se pressait en tous sens et la propreté ambiante. Bonta brillait comme un sous neuf nonobstant les milliers de personnes qui abondaient dans ses rues. Tout le monde courrait quelque part ou s’afférait à quelque chose, et malgré les animaux familiers qui s’évertuaient à déféquer un peu partout avec une intensité impressionnante, la rue restait blanche comme une coquille d’œuf grâce à l’intervention constante d’agents de maintien hyper maniaques.
Anyou ne manqua pas non plus de remarquer la présence de nombreux miliciens aux tenues irréprochables. Elles contrastaient avec celles des aventuriers dépenaillés, néanmoins héros de la cité dont ils défendaient les blanches couleurs. Ceux-là étaient arrivés d’Astrub des années plus tôt, en tant que mercenaires et, à force de survie, avaient accumulé galons et kamas. Les kamas avaient été judicieusement investis dans des équipements magiques ou tape-à-l’œil qui permettaient aisément de distinguer ces fiers-à-bras de la population native de la ville.
Bien qu’elle eut pu passer des heures à s’étonner de chacune des étrangetés que recelait ce tableau, Anyou en franchit le cadre d’un pas pressé, alla droit sur la personne la plus proche et lui demanda où se trouvait « Vanthar ».
Un autre qu’elle eut pu s’étonner qu’on lui réponde instinctivement « A la milice », comme si la population de Bonta ne comptât qu’une seule âme, mais un autre qu’elle n’eut probablement pas posé la question de manière aussi naïve.
Anyou se dirigea donc vers la milice une fois qu’on lui eut indiqué le chemin, en se repérant aux enseignes des guildes et des corps de métiers qui informaient des différentes affiliations des quartiers de la ville : celui des boulangers, des forgerons et des tailleurs, celui de la milice enfin.
La « milice », à proprement parler, était le bâtiment le plus ancien de Bonta. Plusieurs éléments en témoignaient : elle avait été érigée en son centre historique, dans des matériaux moins nobles et moins couteux que ceux qui composaient les immeubles alentours. Par ailleurs, sa composition était plus simple que la plus modeste des maisons bontariennes : elle se résumait à une enceinte rectangulaire surmontée de trois tourelles. On devinait que la petite forteresse avait protégé les fondateurs de la ville, menés par la célèbre Jiva, jusqu’à ce qu’ils aient de quoi élever une muraille plus audacieuse.
Anyou franchit le pont qui la séparait de l’entrée et s’approcha sans se défier des canons perchés dans les tourelles. Canons et canaux, ceux qui jouaient les douves du fort, étaient des vestiges du temps, révolu, où la milice était le premier des bastions bontariens. Bien qu’une observation plus attentive ait pu inspirer à Anyou de passionnantes réflexions architecturales, la petite Osamodas accéléra le pas : elle venait de reconnaître Vanthar, juste au devant d’elle, qui avait mis pied à terre et confiait les rênes de sa dragodinde au palefrenier.
« Ici Falguy ! Couché ! » cria Anyou en détachant son fouet. Malheureusement (ou heureusement pour elle), Vanthar ne devina pas qu’il était l’objet de ces invectives et, suivant son élan, il disparut dans le fortin. Tout en pestant contre la désobéissance de son « prince », que, tôt ou tard, elle finirait bien par mâter, Anyou replia son fouet et entreprit de rattraper le Crâ. Pour la deuxième fois de la journée, une sentinelle lui barra le passage :
« Halte-là ! On n’passe pas ! »
« Mais tu vois bien que je n’ai pas d’ailes de chauve-souris, idiot ! » voulut anticiper Anyou, ce qu’elle ne fit pas, en définitive, lorsque le garde l’envoya valdinguer d’un coup de botte dans l’arrière-train.
« Mais ?! AY-EUH !! » protesta Anyou.
« C’est des ailes blanches et une auréole qu’faut pour entrer dans la milice. » expliqua le garde, sans animosité particulière et bien que les fesses d’Anyou souffrissent durement par sa faute. Anyou n’était pas bien sûre de comprendre, mais les attributs évoqués par le garde lui rappelaient sa première rencontre avec Vanthar et sa troupe : effectivement, eux arboraient ailes d’ange et auréoles en cette belle journée qui avait changé la vie d’Anyou.
Anyou se releva en se frottant le postérieur, et s’enquit :
- Alors où je peux les avoir moi, l’auréole et les ailes ?
- C’est Maître Amayiro qu’faut voir pour ça.
- Et il est où Maître Amayiro ?
- A la milice bien sûr.
- Mais puisque… Tu te moques de moi ou t’es juste débile ?
Le garde réfléchit puis répondit :
- Toi-même !
Ce sur quoi Anyou répliqua du tac au tac :
- Benêt !
- …toi-même !
- Ah, je comprends ! Tous les incompétents de la ville son enrôlés de force, c’est ça le truc ?
- Trop pas. Et en plus on dit pas « Il est où ? » mais « Où est il ? ». « Il est où ? » c’est malpoli.
En entendant ce dernier commentaire, Anyou estima qu’elle n’avait plus rien à attendre de la sentinelle et, tout en soupirant de dépit, elle fouilla du regard la cour intérieure qui était visible depuis l’entrée. Vanthar s’y trouvait... Il y était en pleine conversation. Il y était en pleine conversation, avec une femme. Une femme aux cheveux roux, au visage aimable, à la peau brune et surtout, surtout, aux formes charnues et rebondies. Le fait que Vanthar et elle soient visiblement en train de se disputer n’enraya en rien la fureur d’Anyou : une autre qu’elle tentait de le capturer !
Le garde s’interposa de nouveau lorsqu’Anyou bondit en brandissant son fouet. Il lui mit une main au col, une pogne aux fesses et la balança dans le canal voisin tandis que la petite Osamodas vociférait des insultes, qui, à son grand désarroi, n’attirèrent qu’à peine l’attention de Vanthar et de sa compagne.
L’eau était froide. Anyou gagna la rive en grelotant et entreprit de se sécher. De l’autre côté du canal, la sentinelle lui cria « Toi-même ! », Anyou s’interdit de chercher à comprendre pourquoi.
Vanthar, enfermé dans la milice… Elle attendrait simplement qu’il en sorte, c’était son nouveau plan : sa mère lui avait jadis expliqué que ce n’était pas tout de jouer du fouet avec les hommes, il fallait aussi faire preuve de patience, beaucoup de patience même, et Anyou venait de se rappeler la leçon.
***
La nuit tomberait bientôt. Le soir en l’épousant, altérait la blancheur de la ville. Des cris de guerre s’élevèrent de la milice, précédant la sortie en trombe d’un régiment de guerriers montés sur dragodindes. Les passants qui s’attardaient dans les rues s’écartèrent sur leur passage ou les encouragèrent en reconnaissant l’élite de leur armée, bannière et ailes blanches déployées au vent. Les cavaliers traversèrent Bonta qu’ils quittèrent par la porte sud, filant droit à travers les plaines de Cania en direction des landes de Sidimotes où plusieurs bataillons alliés les rejoindraient au petit matin. Au sommet de la Tour de Bonta, Monseigneur Danathor joignit les mains en signe de prière… ou peut-être de satisfaction.