Carnet de bord d'un Penseur-Contempourien, Aventurier-du-Présent et Héros-du-Futur qui te donne des tas de trucs et d'astuces pour dans la vie!
Voici une nouvelle inspirée de l'univers du célèbre « meetic », agence de rencontres en ligne.
Finalement j'ai trouvé un thème à mon recueil de nouvelles. Je pense faire un truc sur l'amour (c'est original !) et la manière dont il est pratiqué en société. Ca pourrait s'appeler « Transports en commun ». En attendant je vous souhaite une bonne lecture! (lire le précédent chapitre)
Chapitre 3ème
Sur tradgeek, un client qui a illustré son « profil » d’une photo multiplie par sept ses chances de faire une rencontre. C’est ce que dit l’annonce officielle en tous cas.
Evidemment, multiplier zéro par sept ne change rien au bonheur des oubliés de la photogénie et des vilains. Alors ils trichent bien sûr, ils mettent en lumière ce qu’ils ont de plus beau, et dissimulent le reste, souvent avec les moyens du bord : en découpant maladroitement une photo ou en tournant la caméra dans les positions les plus improbables. Les filles se contorsionnent ou se photographient dans l’obscurité. Les hommes mettent en avant leur muscles tatoués qu’ils s’imaginent être la cerise de la séduction.
Certains n’hésitent pas à bannir visages et regards pour n’exhiber que le matériel. Dans ces cas-là, j’interviens.
Ceux qui n’ont pas de photos, la grande majorité, sont représentés par un « œil » : c’est un dessin qui leur sert d’avatar par défaut pour s’incarner dans le monde de tradgeek.
Pourquoi ne pas lui préférer une photo ? Nos clients ont parfois peur d’être reconnus, à moins qu’ils ne préfèrent choisir qu’être choisis, ou encore qu’ils se considèrent trop laids ou trop beaux…
Lorsqu’un client consulte le « profil » d’un autre client, ce dernier en est averti par un message reprenant l’avatar du visiteur. La plupart n’ayant pas de photo, c’est un « œil » qui apparaît.
Toute la journée je surveille ces yeux qui se promènent de profils en profils, un chapelet d’yeux qui apparaît sur des milliers d’écrans à travers le monde. Mes sujets s’observent en silence. Ils consultent les « profils » de la même manière que les chiens se reniflent le cul, et, si l’odeur convient, envoient un « signal rouge » à celui de leur préférence.
Je suis la gardienne de cette ronde où les baiseurs croisent les rêveurs, déçus lorsqu’ils se confondent mais finalement satisfaits lorsqu’ils se reconnaissent entre eux.