Carnet de bord d'un Penseur-Contempourien, Aventurier-du-Présent et Héros-du-Futur qui te donne des tas de trucs et d'astuces pour dans la vie!
"Je n'ai d'yeux que pour moi" est une nouvelle d'une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans un petit recueil qu'un ami se propose de m'aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le métro par exemple. L'aventure promet d'être intéressante, dites-moi si le texte vous plait !
Chapitre 1er
J’étais prévenu. Le médecin m’avait prévenu. Mais ça fait tout de même un choc de se réveiller, d’ouvrir les yeux et de rester dans le noir.
J’avais douze ans quand mes problèmes de vue ont commencé. Rien de grave au départ, médicalement parlant. Mais je suppose que c’est toujours grave, pour un enfant, d’apprendre qu’il doit porter des lunettes. Sauf pour Sam’ peut-être, mais c’est différent : elle en a toujours porté, elle ne se rappelle pas son visage sans.
J’ai traversé le collège avec mes lunettes sur le nez, en espérant que ça s’arrangerait. Je n’étais pas le seul à en porter, loin s’en faut ! C’est comme si une épidémie s'était répandue. Je comptais le nombre de mes camarades qui souffraient du même mal : la grande majorité.
Bizarrement, on n’a jamais parlé de nos problèmes de vue entre nous. Etaient-ils si ordinaires que ça n’en était plus ? Ma copine Sam’, ma confidente, ne savait pas ce que c’était d’y voir clair et ne s’en est jamais plaint.
Le matin, souvent, mes yeux endormis se réveillaient lentement et j’espérais que l’effet curateur de mes lunettes leur permettrait de raffermir le contour de ces posters dont j’avais parsemé ma chambre.
J’ai espéré comme ça tous les matins. Mais tous les matins c’était pire. Plus je portais mes lunettes, plus j’avais besoin d’elles. Idem pour les lentilles de contact qui les ont remplacées. Parfois la différence d’un jour à l’autre était insignifiante, mais j’avais toujours l’impression qu’un pixel s’était échappé. « Hypocondriaque », c’est l’adjectif que ça me valut.
Sam’ ne me comprenait pas. Elle disait que ça ne servait à rien de se miner pour quelque chose contre quoi on ne peut rien. C’était une vérité tellement glaçante, tellement désespérante que je me décidai à faire tout ce qui était possible pour améliorer mon état, des exercices musculaires qu’on exécute en fixant son index, au traitement quotidien par collyres sans compter de fréquentes visites chez l’ophtalmologiste.
C’est lui qui m’a prévenu que la fuite des pixels ne s’arrêterait jamais. Aujourd’hui j’ai vingt-deux ans, et je n’y vois plus rien.