Carnet de bord d'un Penseur-Contempourien, Aventurier-du-Présent et Héros-du-Futur qui te donne des tas de trucs et d'astuces pour dans la vie!
Voici la suite du précédent chapitre (que vous pouvez lire ici). N'hésitez pas à vous manifester si ça vous plait ou si, pour, une raison X, ça ne vous plait pas. Je ne sais pas à quel point ce récit est susceptible de plaire aux joueurs, votre avis compte et m'aidera à savoir si je dois continuer. Laissez un commentaire!
Quelques minutes plus tard, c’est un étrange duo qui arriva dans la clairière, celui de Zeurg virevoltant, trainant la jeune Anyou par la cheville et dans la poussière, tandis qu’elle lui assénait des coups de fouets en hurlant.
Zeurg relâcha Anyou et alla se poser sur une souche non loin. Maintenant qu’Anyou avait cessé de crier, ils pouvaient apprécier le calme serein qui régnait sur la clairière, auquel se mêlait, sans le troubler, la chanson d’un ruisseau voisin.
« Alors, fille de Cheffe, vous êtes nulle en géographie, vous êtes pitoyable en histoire, voyons ce que vous valez en magie. Travaux pratiques, leçon numéro un… »
Bien qu’Anyou fulminât d’entendre les commentaires de Zeurg, elle était trop impatiente de commencer les travaux pratiques pour protester. Elle se releva, s’épousseta et se prépara à jeter un sort :
- A moi la magie ! Un, deux, trois, j’invoqu…
- Non, non, non. L’interrompit Zeurg, Mais où avez-vous la tête fille de Cheffe ?
Anyou assassina la bestiole du regard. Zeurg n’y prêta aucune attention :
- La leçon numéro un consiste en une prière à notre Dieu, le plus grand de tous, Osamodas, qui a eu la bonté (et l’ingéniosité en ce qui me concerne) de nous donner forme. Sans cette prière quotidienne et matinale, sa magie nous est inaccessible. Chercher à invoquer quoi que ce soit avant cette prière ne sert donc strictement à rien.
- Même pas vrai. J’y arrive sans prière.
- C’est impossible, fille de Cheffe.
- Si c’est possible.
- Non.
- Si !
- NON !
Zeurg avait quitté sa souche d’un battement d’ailes pour coller son front cornu contre celui d’Anyou. Groin à nez, cornes à cornes, Maître et élève s’affrontaient du regard : s’il y avait bien une chose à laquelle tenait Zeurg, c’était le respect du aux Dieux. Anyou ne renonça pas et, se dégageant brusquement, elle cria : « A moi la magie ! Un, deux, trois, j’invoque… BAALTHOR ! Le bouftou de combat !! »
Une explosion se produisit, accompagnée d’un énorme nuage de fumée, comme si la famille Ingalsse venait de renverser l’intégralité de ses réserves de farine au-dessus de la clairière. Une odeur de souffre se répandit aux alentours tandis que la fumée s’élevait en colonne. On n’y voyait plus rien. Toussant, hoquetant, Zeurg parvint à s’extraire du brouillard en trainant Anyou, à demi asphyxiée, jusqu’à la rivière. Il la laissa tomber sur la rive, et lui à ses côtés, pour contempler le spectacle.
- Par les trois grands dragons rouges, fille de Cheffe ! Qu’avez-vous fait ?!
Anyou entrouvrit ses yeux larmoyants pour voir ce que leur révélait la brise chassant la fumée : il s’agissait d’une gigantesque boule de laine avoisinant les trois mètres de haut. Cette boule de laine était pourvue de cornes qui lui partaient de chaque côté à angles droits, et d’une bouche, gigantesque, avec des dents massives qui, à peine la fumée disparue, se mirent à dévorer tout ce qu’elles trouvaient devant elle. C’était bien un bouftou qu’Anyou venait d’invoquer, mais il était de taille.
- J’ai fait comme d’habitude Zeurg. Déclara Anyou une fois relevée. Ne soit pas surpris, je t’ai déjà expliqué le problème : mes invocations sont trop grosses.
Ca n’eut pas l’air d’aider Zeurg à revenir de son étonnement. Il restait bouche bée. Anyou le dépassa pour s’approcher du bouftou qui s’en prenait aux arbres à présent. Elle retira son fouet de sa ceinture et interpella son tuteur.
- Hey, « professeur », c’est le moment de m’aider !
Zeurg, encore sous le choc, rejoignit péniblement Anyou qui prenait position.
- Bon alors, c’est bon là ? Je tiens correctement le fouet ? Mouvement de haut en bas on a dit, hein ?
Mais Zeurg n’avait pas l’air de s’y intéresser.
- Anyou, il est impossible d’utiliser la magie d’un Dieu sans s’être d’abord connecté au flux qui en émane. C’est à ça que servent les prières… Tu me fais une blague là, pas vrai ?
Anyou fut surprise de s’entendre appeler par son prénom, ce que Zeurg, d’ordinaire, ne faisait jamais. Il avait l’air vraiment secoué le pauvre, et Anyou était impatiente de passer à l’étape suivante.
- Rhoo ! Mais oui je t’ai fait une blague Zeurg ! J’ai prié ce matin avant de partir. Haha ! Tu verrais ta tête ! Bon alors, ce fouet, j’ai bon là ?
Zeurg eut un moment d’hésitation avant de secouer vigoureusement le groin. Il se reprit :
- Ah c’est malin, fille de Cheffe ! On prend du retard avec tout ça. Bon. C’est un gros bouftou que nous avons là. Inclinez un peu le manche, restez souple sur le poignet. Il faut que ça claque, voilà, ça devrait être bon.
Anyou exécuta un mouvement ample du bras et le fouet claqua sur les fesses du bouftou qui leur tournait le dos. Au début il ne se passa rien. Le bouftou continuait d’arracher et mâcher des branches d’arbre. Puis, tout à coup, il s’arrêta pour émettre un bruit caverneux et sonore : un rôt, sans corrélation aucune avec le coup de fouet d’Anyou.
- Hmm, ça commence mal, fille de Cheffe. Faites voir un peu votre fouet ? Mais c’est un fouet de gamin que vous avez là !
- C’est que, à douze ans, beaucoup croient toujours que je suis une gamine.
- Pas faux, mais vous êtes la seule gamine connue à invoquer des bouftous grands comme une maison. Il va falloir qu’on vous équipe correctement pour vous permettre de surmonter votre handicap.
Anyou fit volte-face :
- Ca n’est pas un handicap Zeurg ! Au contraire, c’est comme… des superpouvoirs !
- Des superpouvoirs ? Haha ! Je ris ! (Zeurg rit) Il n’y a pas de pouvoir qu’on ne sache maîtriser fille de Cheffe, ce que vous avez là, c’est un handicap jusqu’à ce que vous en preniez le contrôle. Mais pour l’heure, vous ne savez même pas donner un coup de fouet!
Anyou rugit :
- Un coup de fouet peut-être pas, mais un coup de pied, si !
Et prenant son élan, elle infligea un violent coup de botte à l’arrière-train de Zeurg qui, projeté dans les airs, disparu quelque part, loin au-dessus de la forêt, sans autre forme de protestation qu’un long « aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah » qui alla en s’affaiblissant.
« Wahou ! » se réjouit Anyou, très impressionnée par sa propre performance. « Ca c’est du coup de pied… » elle regarda la pointe de sa botte puis les fesses du bouftou qui lui tournait toujours le dos. « COUCHE ! » hurla-t-elle en tapant de toutes ses forces. Le bouftou grogna et s’assit. Anyou, le cul par terre elle aussi, s’esclaffa de joie devant sa demi-réussite : « C’est la première fois qu’il m’obéit ! …enfin presque. »