Carnet de bord d'un Penseur-Contempourien, Aventurier-du-Présent et Héros-du-Futur qui te donne des tas de trucs et d'astuces pour dans la vie!
Voici une nouvelle d'une dizaine de chapitres que je souhaite intégrer dans un petit recueil qu'un ami se propose de m'aider à imprimer et à vendre de la main à la main, dans le métro par exemple. L'aventure promet d'être intéressante, dites-moi si le texte vous plait ! (lire le chapitre précédent) Chapitre 2ème
Comme tous les archéologues, Paul consacrait un temps fou à la recherche. Je ne le croisais presque plus qu’à la bibliothèque. Quand j’ai quitté l’université il y était encore, et je ne devais plus le revoir avant de nombreuses années.
Paul s’était refermé sur lui-même, il ne trouvait pas ces preuves qui lui manquaient. La littérature et l’imagerie populaire faisaient des pirates les caricatures que l’on sait. Les documents officiels et les témoignages d’époques adoucissaient parfois le trait, mais c’était pour présenter les pirates comme des brebis égarées par Satan, ou des opportunistes assoiffés d’or, des brigands.
Il faut dire que la plupart de ces documents étaient des condamnations ou des récits d’ecclésiastiques. Rien de très objectif en gros. Paul s’intéressait davantage aux récits des marins ayant participé aux combats avec les pirates. Ils y décrivaient la terreur que les pirates entretenaient chez leurs adversaires avant de donner l’assaut, lorsque, s’étant suffisamment approchés de leur proie sous un étendard ami, ils hissaient soudain le pavillon noir pour intimer au navire l’ordre de se rendre. Il n’y avait de combat que si le navire résistait.
Je sais que Paul avait choisi cet élément comme axe d’argumentation pour réfuter l’image de fous sanguinaires qui colle à la peau des pirates. Ce n’était pas dans leur intérêt de mettre à mort leurs victimes : le mot serait passé et l’on se serait défendu contre eux plus âprement. Au contraire, en montrant à tous qu’ils ne s’attaquaient qu’aux possessions de l’Etat, les pirates s’ouvraient la possibilité de négocier avec des marins mal payés qui préféraient sauver leur vie que de la sacrifier au nom du trésor royal. Il paraissait évident, aux yeux de Paul, qu’une fois rentrés au port et dépouillés, les victimes de pirates ne pouvaient décemment raconter qu’elles avaient abandonné leur cargaison sans combattre, et préféraient vanter la cruauté sans borne de leurs adversaires.
J’ai suivi de loin la carrière d’archéologue de Paul, qui fut rapidement contrariée : sa thèse allait contre toutes les idées reçues. Paul faisait des pirates un trop joli tableau, celui d’hommes amoureux de liberté, épris d’indépendance et qui, refusant l’oppression sous toutes ses formes, avaient décidé de la combattre et de vivre de ce combat. Lorsqu’il présenta sa thèse à la Sorbonne, on lui répliqua que les pirates n’avaient jamais clamé leur attachement aux idées politiques que Paul leur prêtait. Ce à quoi Paul répondit qu’ils n’auraient pas pu le faire, car les vrais anarchistes ne se réclament pas de l’anarchie, ni d’aucun autre mouvement puisque leur nature d’anarchiste est de s’opposer à ces concepts. Il convient seul à autrui de résumer leur idéal par ce mot là.